Simon Auffret

Journaliste formé à l'IUT de Lannion.
Notamment intéressé par le journalisme de données.

Barrage de Guerlédan - S.Auffret
Le maire de Saint-Aignan, Stéphane Le Cos, échange avec les gendarmes au point d'évacuation.

La vallée de Guerlédan se prépare au scénario catastrophe

En cas de rupture du barrage de Guerlédan, la commune de Saint-Aignan serait immergée en une minute par une vague de 20 mètres. Une partie de la population a simulé, le jeudi 16 mars, l'évacuation du village.

Il est 9 h 45. « Nous venons de recevoir un appel de la préfecture. Le niveau d'alerte 1 est déclenché », lance la secrétaire de mairie. « Les enfants doivent être évacués », souffle le maire de Saint-Aignan (Côtes-d'Armor), Stéphane Le Cos, en se dirigeant vers l'école primaire. En cinq minutes, les deux classes se rejoignent dans la cour. « Le point de rassemblement se trouve à 15 minutes à pied, en hauteur », explique une institutrice.

L'agitation des élèves et des instituteurs contraste avec le silence, frappant, de la petite commune morbihannaise face à cette situation potentiellement catastrophique. Le village répète, ce jour-là, un exercice d'évacuation à la rupture du barrage de Guerlédan, situé un kilomètre en amont. Le scénario envisagé combine une crue centennale forte et le dysfonctionnement de l'un des deux évacuateurs du barrage, avec un risque de déversement.

Les enfants se dirigent avec un certain amusement vers le point d'évacuation. Ils y rejoignent les gendarmes, eux aussi impliqués dans cet exercice grandeur nature. Ce n'est qu'une heure plus tard que le préfet donnera son feu vert pour un retour à la normale. « Bon, il y a quand même eu un couac, murmure Stéphane Le Cos à son adjoint, Gilles Cadoret. La route empruntée par les gendarmes pour rejoindre les enfants aurait été inondée en cas de danger réel. Ce n'est pas normal. »

L'élu de cette commune de 595 habitants prépare depuis plusieurs mois avec la préfecture du Morbihan et EDF un Plan particulier d'intervention (PPI) pour s'assurer d'une bonne réaction des habitants en cas de danger. « Tous les habitants sont répertoriés sur une carte et le point de rassemblement le plus proche hors de la zone d'immersion leur est indiqué, détaille Bruno Baudic, employé municipal. Je suis notamment chargé de faire l'appel à celui près de chez moi. »

Cliquez pour découvrir différents aspects de l'évacuation

32 semi-remorques à la seconde

Le danger en cas de déversement du barrage est important : Saint-Aignan serait submergée par une vague de 20 mètres, environ une minute après la rupture. « En 2013, une crue faible mais réelle nous avait poussés à ouvrir les évacuateurs à un débit de 140 m³ par seconde », rappelle Olivier Le Bras, responsable de l'exploitation d'EDF à Guerlédan. « Cela représente l'équivalent de 32 semi-remorques », précise Stéphane Le Cos. A l'époque, aucun dégât n'avait été à déplorer.

Il est 11 h 45. Les sept sirènes positionnées autour de Saint-Aignan se déclenchent, l'alerte de niveau 2 est virtuellement activée. « L'évacuation ne concerne plus que les établissements publics, mais l'ensemble de la population », explique-t-on à la mairie. Quelques habitants - déjà informés de l'exercice - sortent sur le pas de leur porte. « Nous avons décidé de ne pas évacuer l'ensemble de la population. Cela aurait été trop coûteux et pas forcément plus efficace ».

Une crue exceptionnelle sur ce secteur est estimée à un débit de 450 m³ par seconde, quand les deux évacuateurs du barrage peuvent en encaisser 100 de plus. L'édifice est de surcroît un « barrage poids » capable de supporter de très grands volumes d'eau. « Pour que le barrage s'effondre, il faudrait que le niveau de l'eau dépasse d'un mètre la ligne de crête. Vous imaginez ce que cela représente ? » illustre Olivier Le Bras. « C'est l'équivalent de deux fois la crue centennale. »

La réserve de Guerlédan - S.Auffret
La réserve du Barrage de Guerlédan, mis en activité en 1930.

« Si toute cette eau nous tombe dessus...»

« Sincèrement, on n'est pas inquiet, glisse une habitante avec le sourire. Le barrage, on le connaît. On a pu le visiter pendant l'assec et l'organisation de la mairie est très sécurisante. » À l'épicerie de Saint-Aignan, le ton est plus sceptique. « Il y avait un petit peu de musique dans le bar, on n'a pas entendu les sirènes, soupire la gérante. Ce n'est pas vraiment rassurant ».

Trois semaines avant l'exercice, de nombreux habitants n'avaient pas assisté à la réunion publique organisée par la mairie pour informer sur la question du barrage. « C'est un sujet qui inquiète surtout les nouveaux habitants, s'amuse une enseignante en attrapant la main d'un élève en retournant à l'école. Mais quand on a visité le barrage, c'est vrai qu'on s'est dit "si toute cette eau nous tombe dessus...". Et puis on n'y pense plus !»

Six communes autour de Guerlédan sont mobilisées par la préfecture en ce chaud jeudi du mois de mars. Dix-neuf autres ont déclenché leurs sirènes d'alerte. Plus d'une dizaine d'acteurs - de la direction académique aux forces de gendarmerie en passant par la direction générale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) - participent à l'exercice. Une catastrophe à Guerlédan demanderait l'évacuation de 16 000 personnes, de Saint-Aignan jusqu'à la commune d'Hennebont - située à plus de 50 kilomètres du barrage. L'exercice est amené à être renouvelé tous les cinq ans.

Article réalisé dans le cadre du concours France Télévisions 2017
Écriture, développement (page web et visualisations de données), photographies Simon Auffret

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