Simon Auffret

Journaliste formé à l'IUT de Lannion.
Notamment intéressé par le journalisme de données.

Les producteurs, les gestionnaires et les lieux de stockage des déchets sont à distinguer sur cette carte. Le stockage, l'entreposage et le projet Cigéo sont des modes de gestion des déchets - ceux-ci proviennent de différents domaines (recherche, médecine, etc.). Les autres catégories rassemblent des sites de producteurs mais aussi des gestionnaires de ces déchets.

La catégorie des « déchets historiques » est à distinguer. Elle regroupe d'anciens centres de stockage, d'anciens sites industriels contenant des matières radioactives, des sites à la radioactivité naturelle élevée, des anciens sites miniers et des déchets historiques, notamment des paratonnerres contenant du radium.

Le casse-tête français des déchets radioactifs

Les nombreuses contestations au projet de stockage géologique profond de Bure viennent souligner la gestion complexe des déchets nucléaires en France.

Dans la bataille juridique entourant le projet d'enfouissement de déchets nucléaires de Cigéo, ses opposants ont remporté, le 28 février, une petite victoire. La justice a invalidé la cession par une commune limitrophe de Bure (Meuse), où doit être construit le centre de stockage, de terrains nécessaires à la construction de cheminées d'évacuation par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).

Le projet est temporairement suspendu - en attente d'un nouveau vote du conseil municipal concerné. Le 23 mars, nouveau rebondissement : l'Andra a, cette fois-ci, marqué un point devant la justice, qui lui a donné raison sur un recours porté par plusieurs associations et contestant la validité d'une expertise géologique effectuée sur le site.

La sensibilité du débat sur l'enfouissement des déchets nucléaires souligne la complexité de la gestion de ces matériaux extrêmement toxiques. Les 82 habitants du petit village de Bure, eux, ne s'imaginaient sûrement pas être un jour au centre de cette question, et peut-être assis sur les déchets les plus radioactifs de France.

Le projet Cigéo (centre industriel de stockage géologique), dont l'ouverture n'est pas envisagée avant 2030, prévoit d'enfouir, à 500 mètres sous terre, les déchets hautement radioactifs produits par le parc nucléaire français. Seuls seront enfouis à Bure les déchets HA (haute activité radioactive) et MA-VL (moyenne activité à vie longue). Deux catégories qui ne représentent que 3,2 % du volume total des déchets nucléaires français, mais plus de 99 % de leur radioactivité. Des matériaux nuisibles, pour l'homme comme pour l'environnement, dont la radioactivité ne pourrait disparaître naturellement que dans plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d'années.

En attendant Cigéo

Dans l'attente de l'aboutissement du projet de stockage profond - contesté par de nombreuses associations, inquiètes de son coût écologique et économique, ainsi que de l'absence d'alternatives proposées, ces déchets sont entreposés dans les centrales nucléaires et dans des centres de traitement.

Mais l'Andra, responsable de la réalisation de Cigéo, doit aussi gérer le 1,5 million de m³ d'autres déchets, moins radioactifs mais eux aussi nocifs, produits par la médecine, la recherche, le domaine de la défense ou celui de l'industrie.

Origine des déchets par secteur économique

Pour ce faire, plusieurs modes de gestion des déchets radioactifs existent aujourd'hui :

L'entreposage des déchets gérés par décroissance radioactive. Les déchets les moins dangereux, souvent d'origine médicale (radiographie par exemple), restent sur le lieu de leur production, dans des installations dédiées. Leur période radioactive - le temps nécessaire à ce que leur radioactivité soit divisée par deux - est inférieure à 100 jours. Ils représentent plus de la moitié des déchets français en volume.

L'entreposage des déchets dans l'attente d'une solution de stockage. Les déchets de faible activité à vie longue, produits par la recherche ou le démantèlement des premières centrales nucléaires, n'ont, pour partie, toujours pas de site de stockage définitif. Ils sont provisoirement conservés sur leur site d'origine ou sur certains sites d'entreposage. Pour les déchets HA-MAVL destinés au projet Cigéo, sont entreposés à l'usine de retraitement de La Hague (Manche) et sur le site de Marcoule (Drôme).

Le stockage définitifs des déchets. Le site de Digulleville (Manche), a reçu son dernier colis de déchet de faible et moyenne activité en 1994. Il est désormais fermé et sous surveillance de l'Andra. Deux centres de stockage dans le département de l'Aube sont encore en exploitation, dédiés à l'accueil de déchets de faible et moyenne activité à vie courte.

La difficile gestion des déchets radioactifs

Complexes à manipuler, extrêmement dangereux et s'accumulant année après année, les déchets radioactifs issus de l'activité nucléaire française ont toujours été source d'inquiétude pour l'Etat français.

Entre 1946 et 1982, la France a d'abord fait en partie le choix de l'immersion de ces déchets dans les eaux polynésiennes françaises et dans l'Atlantique. Mais l'instabilité des fonds marins et des fûts de stockage contenant les matières radioactives ont poussé les autorités françaises à l'abandon de cette technique au profit de l'entreposage.

Autre source d'hésitation : le sort des déchets venus de l'étranger. Lancée à la fin des années 1960, l'usine de traitement de La Hague (Manche) a depuis traité - et en partie stocké - des milliers de tonnes de combustibles français et étrangers (plus de 10 000 tonnes, en provenance notamment d'Allemagne et du Japon). Mais depuis que la loi Bataille de 1991, a interdit le principe du stockage de ces déchets étrangers, ils sont désormais renvoyés dans leur pays d'origine une fois traités.

C'est cette même loi Bataille - et son actualisation dans la loi de 2006 qui a orienté la recherche scientifique vers la solution du stockage des déchets en couches géologiques profondes (Cigéo) - l'autre piste envisagée, celle de la séparation/transmutation, n'enlèverait pas selon certains chercheurs la nécessité du stockage. Par précaution, le principe de réversibilité du projet Cigéo a été voté par les parlementaires le 11 juillet 2016 : il permet en théorie aux générations futures de choisir d'autres solutions de stockage.

Une absence d'alternative ?

Pour Christophe Bouilion, député de Seine-Maritime et président de l'Andra, Cigéo est donc « un choix éthique et responsable. Les générations futures resteront libres de choisir le stockage en couche géologique profonde ou une autre option ».

Du côté des opposants, Burestop dénonce un « chantier insensé » comportant des « risques phénoménaux et multiples, jamais évoqués, jamais exposés ». Sortir du Nucléaire évoque un projet qui laisse « la possibilité à l'industrie nucléaire de persister. Loin d'être une réelle solution pour ces déchets, l'enfouissement est le seul moyen qu'elle a trouvé pour les cacher ».

L'absence d'alternatives connues à Cigéo vient pointer le paradoxe de la gestion des déchets radioactifs : un arrêt total du nucléaire en France n'enlèverait en aucun cas la nécessité d'une solution pérenne pour les déchets existants - qui représentent aujourd'hui plus d'1,46 million de m³.

Article réalisé dans le cadre du concours France Télévisions 2017
Écriture, développement (page web et visualisations de données), photographies Simon Auffret

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